Lettre d’une femme à une autre femme.

Lettre d’une femme à une autre femme.

Ma bien-aimée Anna,

Je veux te dire que depuis le jour de notre rencontre tu occupes chaque seconde de ma vie et chacune de mes pensées. Tu es devenue essentielle à mon existence parce que tu l’as changée à jamais. Je contribue à rendre la tienne plus douce, pour un temps, mais toi, tu l’as bouleversée pour toujours.

Tout nous sépare pourtant, notre culture, notre langue, notre alphabet, nos parcours, notre âge, notre situation professionnelle, familiale, tout un continent… un monde ! Mais depuis quelques mois nous ne vivons que l’une pour l’autre. L’une à travers l’autre. Tu as à cœur d’être à la hauteur de ce que j’attends de toi. Moi, je n’ai de cesse d’être à la hauteur de ce que tu fais pour moi.

Tu es celle qui a enfin compris ma souffrance, l’a entendue avant même de me connaître, l’a partagée et l’a apprivoisée comme si c’était la tienne, et ce sans même le savoir. Tu es la seule qui a su me rassurer, m’apaiser, me redonner confiance, et guérir le mal dont je souffre. Dont je souffrais. La seule.

J’admire ton immense générosité, et ton extraordinaire sens de l’abnégation. Tu es si forte. Si belle. Touchante, attachante, délicate. Tu es tout ça à mes yeux, aussi, surtout, parce que tu es la femme qui prend soin de mon enfant à chaque seconde qui passe comme si c’était le tien, la seule qui tient à lui autant que moi, l’unique à veiller sur lui sans relâche, plus que je ne peux le faire moi-même. Tu es la femme qui se sacrifie pour mon enfant autant que ce que je le ferais s’il m’était possible de le faire. La seule, parce que c’est toi qui le portes.

Oui, Anna, tu es la femme qui en ce moment même couve mon bébé à ma place parce que la maladie ne m’a pas permis de le faire. Cette maladie qui a tant abîmé mon corps qu’il n’a pu accueillir la vie malgré dix ans de combat acharné. Alors de deuils en deuils, j’ai avancé … vers Toi. Aujourd’hui tu es plus que ma bataille. Tu incarnes ma victoire. Telle une alchimiste tu as transformé le drame de la stérilité en extraordinaire aventure humaine. Le deuil a maintenant laissé place à la vie, la souffrance au bonheur, le doute à la certitude. Grâce à toi.

Grâce à toi je vais réaliser un rêve qu’ici, les médecins ont dit impossible, les politiques ont décidé interdit, l’Église a jugé indécent : je vais devenir mère. Je le suis déjà un peu. Beaucoup. À la folie…

Grâce à toi le miracle va se produire.

Grâce à toi, je vais connaître l’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant.

Grâce à toi je vais faire de l’homme de ma vie un père.

Grâce à toi je n’ai plus à maltraiter mon corps. Je n’ai plus à m’inquiéter pour mon avenir, notre avenir.

Grâce à toi je vais vivre les plus belles insomnies de ma vie.

Grâce à toi je peux dormir tranquille.

En définitive nous sommes deux étrangères, qui n’avons partagé que quelques minutes, quelques regards, quelques larmes lors de nos rares rencontres. Depuis nous échangeons des mots, des photos, des émogies et des émotions. Nous sommes si loin. Et pourtant si proches. Parce qu’ à tes côtés, je deviens mère. Parce que nous sommes enceintes du même enfant. Parce qu’avec toi mon mari et moi construisons notre famille. Ce lien que nous tissons est indescriptible. Notre histoire, c’est l’histoire de deux femmes que la vie a réunies autour d’un être immensément désiré. Ce qui nous unit aussi c’est ce que nous avons en commun : notre force, notre courage, notre détermination, le sens du sacrifice pour notre famille. En somme, c’est d’être Femme.

Je m’interroge beaucoup sur ce que tu ressens, dans ton corps, dans ton cœur, dans ton âme. As-tu des craintes, des doutes ? Quels sont les besoins et les désirs qui t’animent ? Quelle est la nature du lien que tu tisses avec mon enfant. Comment fais-tu, Anna… ? Je ne le saurai pas. Alors je lis des réponses sur ton visage, sur les images, dans nos mains serrées, dans nos sourires échangés, et c’est en eux que je puise l’histoire que je raconterai à notre enfant.

Qu’adviendra-t-il de nous quand tu passeras la main, quand tu me confieras ce petit bout de nous dont le corps grandit en toi, dont l’amour grandit en moi. Je ne sais pas… La vie nous séparera probablement, forcément. Mais quoi qu’il arrive Anna, ma reconnaissance pour le cadeau que tu nous fais est incommensurable et éternelle. Tu auras fait de moi la femme que je suis enfin.

À toi Anna, et à toutes ces femmes cigognes porteuses d’amour, je veux dire : Merci.