Jérôme et Mika

Jérôme et Mika

Nous avons souhaité commencer un programme de GPA en 2018 dans un pays où la législation est la plus aboutie en la matière et où les pratiques nous semblaient les plus sérieuses. Après plusieurs contacts avec différentes agences nous avons choisi une agence Californienne qui était une des rares à proposer un programme garanti à 99 000 Dollars pour un enfant, FIV illimitées, et gestatrice américaine. 

Nous avons rapidement envoyé 30 000 Dollars comme le prévoyait notre contrat. Rapidement les démarches avec la clinique de l’agence à Cancun au Mexique, se mettent en place et 4 mois plus tard nous avions 3 embryons viables.

L’agence ayant du mal à trouver une gestatrice nous avons dû attendre 3 mois de plus pour que les choses commencent réellement. Pendant ces 3 mois, nos liens avec notre gestatrice se forment et rapidement c’est un lien fort qui s’installe. 

Nous ne comprenons pas pourquoi le docteur mexicain est hésitant mais la première stimulation commence et … échoue. La seconde stimulation permet le transfert d’un premier embryon. Nous sommes tous les 3 (nous et la gestatrice) remplis d’espoir que les choses se concrétisent ! La préparation endométriale est difficile à supporter pour la gestatrice qui nous avoue avoir pleuré quand le serveur de son restaurant favori lui a dit qu’il n’avait plus de crevettes ! 

Malheureusement le test beta est négatif. Nous sommes déçus, accepter ce genre d’échec est assez difficile. Notre gestatrice est effondrée, avec les hormones, elle ne contrôle plus ses larmes ! Le docteur, qui a changé entre temps, annonce un repos de 15 jours sous pilules avant une nouvelle préparation. Mais 1 mois plus tard la préparation n’a pas commencé car la pilule a détraqué le cycle de notre gestatrice. 

Il faudra attendre 3 mois pour qu’elle soit à nouveau prête à un nouveau transfert d’embryon. La veille du transfert, à l’aéroport, notre gestatrice se fait renverser par une voiture. Une jambe cassée ! Malgré tout elle est prête à voyager pour le transfert, le docteur refuse et conseille de refaire une nouvelle stimulation qui aboutit à un second transfert. Le matin du transfert, nous recevons un mail de la clinique nous indiquant que l’agence n’ayant pas payé les factures, le transfert risque d’être annulé. S’en suit un échange violent de menace entre nous, l’agence et la clinique pour que le transfert se fasse et par miracle, il a lieu, 2 embryons sont transférés. 

Pendant l’attente des résultats l’agence nous informe qu’en cas d’échec nous devrons changer de clinique, car la confiance est rompue entre l’agence et la clinique. Ce nouveau transfert est encore une fois un échec. En cherchant des explications auprès de la clinique, on nous informe que le docteur a informé l’agence plusieurs fois que notre gestatrice n’avait pas le bon profil médical pour une GPA. La déception est à nouveau violente mais nous allons de l’avant et demandons une nouvelle FIV pour ne pas perdre de temps.

 La directrice de l’agence nous informe alors que nous allons devoir changer de gestatrice car après 2 échecs il serait risqué de faire une troisième tentative. Les délais s’allongent du fait du changement de clinique, de gestatrice, d’avocat, nous finissons par perdre toute confiance en notre agence et sur les conseils d’Hélène nous demandons à Anthony, un français en charge de programmes GPA au Mexique, de nous aider à suivre notre programme. 

Dans l’impossibilité de nous fournir une gestatrice américaine, l’agence nous propose une gestatrice Mexicaine qui habitant à la frontière et titulaire d’un visa permanent, pourra accoucher aux états unis. N’ayant pas vraiment d’autres choix pour avancer nous acceptons. Au vu de la différence de culture, les contacts avec la gestatrice sont interdits. 4 mois après notre dernier échec (16 mois se sont écoulés depuis notre signature de contrat), 3 nouveaux embryons sont créés, et l’un d’entre eux est transféré dans l’utérus de la gestatrice.

Fin janvier 2020 nous vivons notre première victoire, l’embryon est implanté. Mi-février, lors de la première échographie, on nous apprend que ce sont des jumeaux. Chose rare, l’agence nous informe que l’embryon s’est dédoublé, donnant vie à de vrais jumeaux. Nous échangeons des vidéos de soutien avec notre gestatrice par le biais de l’agence. 

Début Avril, en plein confinement COVID en France, nous annonçons la nouvelle à nos familles et amis. Lors de l’écho structurelle de mai, une annonce nous rend perplexe : les fœtus sont un garçon et une fille. Impossible donc qu’ils soient issus du même embryon. 

Nous demandons à la clinique ce qui a pu se produire, ils sont fermes, ils n’ont transféré qu’un seul embryon. D’où vient donc le second. Nous demandons à notre gestatrice d’être honnête et de nous dire s’il est possible que pendant la préparation elle ait pu tomber enceinte naturellement. Elle dit que c’est impossible, et demande à son compagnon de faire un test sanguin avec elle pour le prouver. Le test conclu à une possible paternité du compagnon sur l’embryon “mâle”. 

A ce moment-là, l’agence et l’avocat américain nous lâchent, nous incitant à faire accoucher notre gestatrice à Mexico city pour éviter des frais et simplifier la filiation avec les véritables parents de chaque enfant. Nous et la gestatrice, sommes accablés par ces révélations. L’agence qui était censée tenir des comptes sur notre dossier refuse de rembourser le moindre centime, alors que 91 000 Dollars leur ont déjà été versés.

Fin juin, notre gestatrice n’est plus en état de voyager de chez elle à Mexico City, et par mesures de prévention COVID, la frontière américaine est fermée. Il nous faut donc préparer l’accouchement à Tijuana. Grace à Anthony, nous avons réussi à trouver avocat, clinique, docteurs pour encadrer cette grossesse devenue médicalement et moralement périlleuse. Durant ces 2 mois, la confiance dans notre gestatrice est au plus bas, elle craint que cette aventure ne tourne mal financièrement pour elle si un des bébés ou les 2 sont vraiment les siens. 

C’est finalement en urgence, le 26 août 2020 que les bébés naissent. Nous arrivons le lendemain à Tijuana. Ce voyage pour le moins angoissant nous mène jusqu’à la clinique où nous découvrons ces 2 bébés. Notre gestatrice a attendu notre autorisation pour les voir. Après les avoir vus, elle est sereine, elle est persuadée que les bébés sont les nôtres. Lors de cette journée tous les documents administratifs sont établis sans difficultés. 

Après une semaine de couveuse et un test ADN confirmant les impressions de notre gestatrice, nous quittons la clinique avec nos enfants. Le Mexique, Tijuana, dont nous avions une vision négative, s’avèrent être extrêmement pratique pour plein de chose de la vie courante. Chaque personne que nous croisons est prête à nous faciliter la vie. Au bout d’un mois, nous sommes parvenus, avec l’aide d’Anthony et l’entière coopération de la gestatrice, à obtenir des actes de naissances français et un laissez-passer du consulat pour rentrer en France. Un voyage long et fatiguant, qui pourtant ne laissera aucune trace sur nos visages au moment où nous présentons notre nouvelle famille à notre entourage. Ces petits êtres ont eux aussi donné naissance à des papas, papis, mamies, tontons, taties, cousins, cousines. 

Nous avons vécu chaque échec, chaque doute, comme un rejet de notre paternité. Toutes les choses que nous voulions pour ce projet (lieux, cadre juridique, garanties, assurances) ont dû être adaptées, détournées. A chaque moment nous nous sommes demandés, pourquoi ? Mais chaque adaptation nous a conduit vers des personnes bienveillantes qui ont été les véritables actrices de la réussite de ce projet. Et c’est bien ce chemin tortueux qui nous a menés au bonheur. Donner la vie, y compris dans le cadre d’une GPA, reste un processus humain. Pour y arriver, le paramètre majeur ce n’est pas le lieu, le prix ou la structure, c’est l’humain, les hommes et les femmes qui œuvrent pour cela. Ce sont ces personnes-là qu’il faut bien choisir.

Un immense Merci à Hélène pour son soutien dans cette aventure.